Red flags (signes d'alerte selon la cible)
Enfant (mineur <18 ans)
- Lésions: multiples, d'âges différents, sur zones non saillantes (cou, cuisse interne, oreilles, fesses, dos), morsures humaines, brûlures (cigarette, immersion en gants/chaussette/siège), traces de lien, hématomes mineur <9 mois (« qui ne marche pas n'a pas de bleu »), fractures spirales fémur <2 ans, fractures costales <2 ans, dents avulsées.
- Syndrome du bébé secoué (SBS): nourrisson <1 an, hématome sous-dural + hémorragies rétiniennes + parfois fracture, contexte raconté incompatible.
- Anamnèse incohérente: récit changeant, retard de consultation, mécanisme non plausible, désintérêt parental.
- Comportement: enfant figé, hypervigilant, fuyant, sexualité inadaptée, régression, troubles du sommeil, scolarité chute.
- Négligence: hygiène, vêtements inadaptés, courbe staturo-pondérale décrochée, vaccins non à jour, absentéisme scolaire, non-suivi médical.
- Abus sexuel: lésions ano-génitales, IST, grossesse mineure, douleurs périnéales inexpliquées.
Conjoint (violences au sein du couple — VSC)
- Lésions explicables médicalement mais récit minimisant / changeant.
- Localisations « cachées » sous vêtements (bras, cou, abdomen).
- Strangulation (marques cervicales, voix rauque, pétéchies sclère/cou)facteur de risque homicide majeur.
- Consultations répétées pour motifs vagues (douleurs chroniques, anxiété, insomnie).
- Femme enceinte battue (1ère cause de décès maternel non-obstétrical).
- Présence d'un partenaire qui répond à la place / refuse de quitter la salle d'examen.
- Antécédents psychiatriques sans cause apparente, addictions, tentatives suicide.
- Contrôle coercitif: surveillance téléphone, isolement social, dépendance économique.
Personne âgée
- Plaies de pression non soignées, dénutrition, déshydratation, hygiène défaillante.
- Hématomes localisations atypiques, fractures « chute » multiples, brûlures, marques de contention.
- Médicaments non donnés / surdosés / restrictifs de liberté (BZD à doses sédatives).
- Privation: matériel auditif/visuel manquant, isolement, sortie interdite.
- Spoliations financières: signalées par patient, retraits bancaires inexpliqués, procuration suspecte.
- Aidant épuisé / présentant signes d'agressivité / refusant l'entrée des soignants.
- Patient effrayé en présence de l'aidant, soulagé en son absence.
Doute = signalement. Le médecin n'a pas à prouver — c'est le rôle de la justice ou de la CRIP.
Cadre légal — secret médical & signalement
| Article | Contenu |
|---|---|
| CP art. 226-13 | Secret professionnel — sanction violation (1 an + 15 000 €) |
| CP art. 226-14 | Dérogations: (1) personne qui informe d'une privation ou sévices y compris atteinte/mutilation sexuelle, sur mineur <15 ans ou personne qui n'est pas en mesure de se protéger (vulnérabilité physique/psychique). Le médecin PEUT signaler; (2) signalement obligatoire pour mineur; (3) information possible (avec accord majeur) si violences conjugales |
| CP art. 434-3 | Non-dénonciation de mauvais traitements ou agressions sexuelles sur mineur <15 ans ou personne vulnérable: sanction 3 ans + 45 000 € (sauf secret professionnel — l'art. 226-14 lève ce conflit) |
| CP art. 223-6 | Non-assistance à personne en péril |
| CASF L.226-2-1 à L.226-4 | Recueil information préoccupante (CRIP) — Conseil départemental — pour MINEUR EN DANGER |
| CASF L.116-3 | Protection des personnes vulnérables majeures |
| CSP L.4123-9-1 et art. R.4127-44 (déontologie) | Le médecin doit alerter les autorités judiciaires/médicales/administratives lorsqu'il constate sévices/privations chez mineur ou personne incapable de se protéger |
| Loi 30 juillet 2020 | Renforcement protection victimes violences conjugaleslevée du secret médical possible SANS accord victime majeure si danger immédiat et emprise (CP 226-14 modifié) |
| CPP art. 40 | Tout fonctionnaire / officier public ayant connaissance d'un crime/délit doit aviser le procureur — concerne médecins hospitaliers en cas de constat fait dans le cadre du service |
(Articles confirmés Legifrance — art. 226-14 CP LEGIARTI000049532171, dérogation au secret professionnel pour violences conjugales introduite par loi n°2020-936 du 30 juillet 2020; Vade-mecum CNOM/HAS/Justice du 14 octobre 2020. Doctrine SFMU sur la dérogation 226-14 confirmée par la Conférence de Consensus SFMU 2004 « Maltraitance » texte court p. 7.)
Examen clinique (rappel des règles)
Mineur
- Examen en présence d'un tiers (IDE), si possible sans le parent suspect.
- Examen complet, déshabillé, photographies datées (avec accord parental ou consigne juridique).
- Mesurer / décrire / cartographier chaque lésion (taille, couleur, forme, localisation, ancienneté présumée).
- Examen génital uniquement par médecin formé (UMJ pédiatrique) — sauf urgence vitale.
Conjoint
- Séparer du partenaire dès l'accueil (« examen seul nécessaire, c'est le protocole »).
- Question directe: « Avez-vous été frappée/blessée par votre conjoint ou un proche ? » (HAS recommande systématisation).
- Examen complet déshabillé.
- Recherche signes de strangulation (cou + auscultation laryngée + pétéchies + voix).
- Description type UMJ: aspect, localisation, dimensions, photo si consentement.
- Évaluation grossesse + violences en cours de grossesse.
Personne âgée
- Examen seul, sans aidant suspect.
- Évaluation autonomie (GIR), cognition (MMSE rapide), thymie (mini-GDS).
- Cartographie lésionnelle.
- Recherche dénutrition (poids, albumine, BMI) + déshydratation + escarres.
- Bilan médicamenteux (ordonnance vs réalité).
Examens à demander
Mineur (suspicion sévices physiques)
- <2 ans: radio squelette entier (recherche fractures anciennes), TDM cérébrale (SBS).
- FO obligatoire si SBS suspecté (hémorragies rétiniennes).
- Bilan hémostase (éliminer pathologie hémorragique différentielle).
- Photos médico-légales datées.
- Suspicion abus sexuel: examen UMJ + prélèvements (selon délai, idéalement <72-120 h pour ADN), IST + β-hCG.
Conjoint
- Examen photographique consenti.
- Si strangulation: TDM cou injecté (dissection carotide/vertébrale), laryngoscopie indirecte.
- Prélèvements UMJ si agression sexuelle.
- β-hCG.
- Bilan psychologique (PTSD, dépression, idées suicidaires).
Personne âgée
- NFS, iono, urée créat, albumine, préalbumine, TP, calcémie, glycémie.
- Imagerie selon lésions.
- Bilan iatrogénie + dosage médicamenteux si suspicion (BZD, opioïdes).
Évaluer la gravité — outils
| Outil | Indication |
|---|---|
| OMS — typologie violences | Physiques / sexuelles / psychologiques / négligences / financières (PA) |
| Score Danger Assessment (Campbell) | Violences conjugales — risque homicide |
| Critères SBS (Société Française de Pédiatrie 2017) | Hématome sous-dural + hémorragies rétiniennes + atteinte axonale → présomption forte |
| Échelle MMSE / IADL / ADL | Autonomie PA (vulnérabilité) |
Conduite à tenir (CAT)
Sécurisation immédiate
- Mineur en danger imminent: hospitalisation systématique (motif médical au besoin) + appel procureur + appel CRIP.
- Conjoint en danger: hébergement urgence (115, associations FNSF, SOS Femmes Accueil), TGD téléphone grave danger procureur, OPI (ordonnance protection immédiate JAF).
- Personne âgée maltraitée: hospitalisation possible + signalement ARS / Conseil Départemental + 3977 (numéro national).
Le signalement / l'information préoccupante
MINEUR — 2 voies
- CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes): information préoccupante (IP) au Conseil Départemental. Voie « administrative »: danger ou risque de danger, parents informés sauf contre-indication, évaluation pluridisciplinaire.
- Procureur de la République: signalement judiciaire quand sévices avérés, danger grave et immédiat, contexte d'enquête nécessaire. Voie « pénale »: OPP (ordonnance placement provisoire) par juge des enfants en urgence.
→ En garde: signalement procureur direct + CRIP en information.
CONJOINT majeur
- Avec accord victime: signalement procureur (CRP victimes) + orientation associatif.
- Sans accord victime: possible depuis loi 30/07/2020 SI danger immédiat ET emprise empêchant la protection — le médecin doit s'efforcer d'informer la victime sauf si cela aggrave le danger. Tracer minutieusement.
PERSONNE ÂGÉE
- Capable: son consentement requis pour signalement (sauf danger imminent — art. 226-14 §1 « personne qui n'est pas en mesure de se protéger »).
- Incapable / vulnérable (démence, dépendance majeure): signalement procureur + ARS + Conseil Départemental + 3977 (ALMA, fédération maltraitance).
Le document de signalement (modèle Ordre / HAS)
À l'attention de Monsieur/Madame le Procureur de la République
Tribunal Judiciaire de [ville]
Je soussigné(e) Dr, médecin à [hôpital/cabinet],
certifie avoir examiné le [date, heure]:
[Nom, Prénom, DDN, adresse] représenté(e) par [parent si mineur].
ANAMNÈSE (déclarations textuelles, entre guillemets, sans interprétation):
"."
EXAMEN OBJECTIF (purement descriptif):
- Lésion 1: [siège, taille, couleur, forme]
- Lésion 2:.
- Comportement observé:.
SANS ME PRONONCER SUR L'IMPUTABILITÉ NI SUR L'AUTEUR
des faits décrits, je porte ces constatations à votre connaissance
au titre de l'article 226-14 du Code Pénal,
en raison de [mineur / personne vulnérable / danger immédiat majeur].
Fait à [ville] le [date].
Signature.
Règles d'or: - Décrire (objectif) — pas interpréter (« compatible avec », « évocateur »). - Reprendre les propos victime entre guillemets. - JAMAIS désigner l'auteur présumé. - Tracer la transmission (fax sécurisé, mail MSSanté, voie postale recommandée, dépôt main propre). - Double exemplaire dossier médical.
Orientation
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Mineur sévices avérés, danger imminent | Hospit pédiatrie + signalement procureur + CRIP + radio squelette/TDM/FO selon âge |
| Mineur suspicion sans certitude | Hospit pour bilan + IP CRIP + dossier social + RDV pédiatre référent |
| Mineur agression sexuelle <120 h | UMJ pédiatrique + prélèvements + signalement procureur + accompagnement |
| Femme victime VSC + danger immédiat | Hospit + 3919 + 115 + associations + OPI/TGD + signalement procureur (avec/sans accord selon contexte) |
| Femme victime VSC sans danger immédiat | Certificat ITT + remise à la victime + orientation associative + retour si besoin |
| Personne âgée vulnérable maltraitée | Hospit + signalement procureur + ARS + 3977 + ASS hospitalier |
| Personne âgée capable refusant signalement | Information + traçabilité + revue en RCP; signalement uniquement si critères 226-14 remplis (vulnérabilité) |
Pièges
- « Pas mon problème, ça relève du social »: c'est faux — signalement = obligation déontologique (art. R.4127-44).
- « Je dois prouver »: non. Suspicion étayée par éléments cliniques suffit. La preuve relève de l'enquête.
- Confondre IP CRIP (mineur) et signalement procureur: selon gravité + urgence.
- Désigner un auteur dans le signalement = faute (« compatible avec coups portés par le père »): décrire seulement les lésions et reprendre les propos entre guillemets.
- Examiner mineur en présence du parent suspect: oblige à séparer ou au moins examen en présence d'un soignant tiers.
- Hématome chez nourrisson non marchant banalisé: « les nourrissons qui ne se déplacent pas n'ont pas de bleus ».
- Strangulation conjugale minimisée: signal majeur de risque homicide (×7) — TDM cervicale + ITT >8 jours souvent justifiée.
- Ne pas tracer la transmission du signalement (fax, accusé): nécessaire en cas de contentieux ultérieur.
- Discuter d'un signalement en présence du suspect: à éviter.
- « Maltraitance institutionnelle » EHPAD: aussi à signaler (ARS + Conseil Départemental).
- Maltraitance sexuelle + délai >5 j ADN: prélèvements non pertinents, mais examen clinique + signalement restent indispensables.
- Médecin libéral hésitant: on peut appeler le procureur de permanence ou cellule SP pédiatrique pour conseil avant signalement.
📝 Traçabilité
- Dossier médical (jamais effacé): faits, dires, examen, photos, décisions.
- Copie du signalement dans le dossier.
- Conserver double en lieu sûr (en cas de subpoena).
- Information donnée au patient (mineur en âge de comprendre, victime majeure capable).
- Lien avec MT / pédiatre traitant / médecin coordonnateur EHPAD.
Références & sources
- CP : art. 226-13, 226-14, 434-3, 223-6.
- CASF : L.226-2-1 à L.226-4 (CRIP) ; L.116-3 (PV).
- CSP : R.4127-44 (déontologie médecin et sévices).
- CPP : art. 40 ; art. 74.
- Loi n°2020-936 du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales (signalement sans accord).
- HAS : « Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple » 2019 (réactualisation).
- HAS : « Maltraitance chez l'enfant : repérage et conduite à tenir » 2014 + actualisations.
- HAS : « Syndrome du bébé secoué » 2017 (Société Française de Pédiatrie + HAS).
- SFMU : Conférence de Consensus « Maltraitance » 2004 (texte court & long disponibles localement — gestes signalement, dérogation 226-14 §1 vulnérabilité, place du certificat ITT).
- CNOM : modèle de signalement, fiches pratiques.
- 3919 (violences femmes) · 119 (enfance en danger) · 3977 (maltraitance personnes âgées et adultes handicapés) · 15 / 17 / 18 / 112.
- Plan national d'action contre les violences faites aux enfants 2023-2027 — référencé mais document non présent localement (à vérifier solidarites.gouv.fr).