Red flags (causes organiques d'agitation à éliminer AVANT « psy »)
- Hypoglycémie (glycémie cap systématique <0,7 g/L → resucrage).
- Hypoxie / hypercapnie (SpO₂, GDS).
- Hypotension / choc débutant (sepsis, hémorragie occulte).
- Trouble métabolique: Na, Ca, urée, NH₃, hyperthyroïdie.
- Sevrage alcoolique (DT): tremblements, sueurs, tachycardie, hallucinations visuelles.
- Intoxication aiguë: cocaïne, amphétamines, GHB, ecstasy, salicylés, anticholinergiques, LSD.
- AVC (notamment hémorragie sous-arachnoïdienne, IC frontal).
- Méningo-encéphalite (fièvre + raideur de nuque + confusion).
- Hémorragie intracrânienne post-trauma.
- Globe vésical, fécalome, douleur (causes fréquentes sujet âgé).
- Iatrogénie: corticoïdes, anticholinergiques, BZD paradoxal, sevrage.
Tout patient agité = bilan organique d'abord. La contention n'est jamais le 1er geste — c'est l'ultime recours.
Cadre légal & éthique
| Texte | Contenu |
|---|---|
| HAS 2017 | « Isolement et contention en psychiatrie générale » — recommandations de bonne pratique: mesure d'exception, brève, sur prescription médicale, tracée, réévaluée |
| CSP L.3222-5-1 | Isolement et contention en psychiatrie: pratiques de dernier recours pour prévenir un dommage imminent du patient ou autrui, durée limitée, surveillance stricte, registre |
| Loi du 22 janvier 2022 | A étendu le contrôle judiciaire des mesures d'isolement et contention (saisine JLD) |
| CSP R.4127-36 | Consentement aux soins (rappel: contention sans urgence vitale ni indication psychiatrique stricte = atteinte à la liberté, doit être justifiée) |
| CC art. 16-1 à 16-3 | Inviolabilité du corps humain — toute atteinte doit être nécessité médicale |
| CP art. 432-4 et 432-5 | Atteinte à la liberté individuelle par dépositaire autorité publique (sanction pénale si abusif) |
(Articles confirmés Legifrance — L.3222-5-1 CSP LEGIARTI000031918948, version issue de la loi n°2022-46 du 22 janvier 2022 art. 17; décret n°2022-419 du 23 mars 2022 sur procédure JLD JORFTEXT000045406742.)
Évaluation initiale (≤ 5 min — sécurité avant tout)
Sécurité de l'équipe
- Désescalade verbale en 1ère ligne: voix calme, posture ouverte, distance >1 bras, sortie de sécurité, équipe nombreuse mais discrète.
- Retirer objets dangereux environnants (perfusions, ciseaux, vases, plateaux métalliques).
- Ne jamais être seul avec un patient agité.
- Vigilance armes: poches, sac (police si suspicion).
- Présence sécurité hospitalière / police si menace.
Évaluation clinique (rapide)
- Constantes: TA, FC, FR, SpO₂, T°, glycémie capillaire, dextro.
- Glasgow + orientation TS + pupilles + recherche signes neuro focaux.
- Inspection: marques traumatiques, sueurs, frissons, vomissements, déshydratation.
- Recherche prises: médicaments présents, témoins, alcoolémie, contexte (fête, garde à vue, ESPACE).
Examens systématiques chez patient agité non-psy connu
- Indispensables: glycémie cap, ECG (avant tout neuroleptique IM), iono créat NFS CRP, bilan hépatique, GDS si dyspnée, alcoolémie + dépistage toxiques urinaires (cocaïne, amphét, BZD, opiacés, cannabis), TSH si suspicion, β-hCG femme.
- Selon contexte: TDM cérébrale (chute, déficit, premier épisode >40 ans, fièvre, immunodépression), PL si suspicion méningite, dosage médicament en cause.
- Inutiles à NE PAS demander: EEG en urgence (sauf suspicion état de mal non convulsif), imagerie systématique chez patient psy connu avec récidive typique.
Outils
| Outil | Usage |
|---|---|
| Échelle RASS | -5 (non réveillable) → 0 (calme) → +4 (combatif) — guide niveau cible sous sédation |
| Échelle BARS / BVC (Brøset Violence Checklist) | Prédire passage à l'acte violent en SU/psy |
| Critères CIWA-Ar | Sevrage alcoolique: intensité + indication BZD |
| Score 4AT / CAM | Dépister confusion (delirium) chez sujet âgé |
Prise en charge — hiérarchie obligatoire
1. Désescalade verbale (toujours en premier — 80 % des cas suffit)
- Nommer le patient, voix basse, langage simple.
- Reformuler ses griefs, valider l'émotion, proposer solutions (boisson, espace, antalgie, info).
- Ne pas argumenter sur le délire, ne pas mentir.
- Espacer physiquement (pas de coin, pas de barrière, sortie pour patient).
- Donner du temps (15-30 min de désescalade) si pas de danger imminent.
2. Sédation chimique volontaire (patient accepte)
- Per os si possible: moins traumatisant, à privilégier.
- Patient psy connu: reprendre TTT habituel + adjuvant.
- Schémas type (à adapter selon contexte):
- Agitation anxieuse simple: oxazépam [Séresta®] 50 mg PO ou diazépam [Valium®] 10 mg PO/IM.
- Agitation psychotique: loxapine [Loxapac®] 50-100 mg PO/IM ou olanzapine [Zyprexa Velotab®] 10 mg orodispersible.
- Sevrage OH agitation: diazépam [Valium®] 10 mg PO ×4/j ± oxazépam, B1 250 mg IM/IV systématique avant glucose, hydratation, MgSO4 si crampes (SFMU « Actualisation consensus IEA » 2006 — thiamine systématique pour prévenir Gayet-Wernicke + BZD pour agitation; sources SFA non disponibles localement).
3. Contention chimique IM si refus / danger imminent
- Toujours après ECG si possible (allongement QT cumulatif).
- Schémas usuels (cocktail neuroleptique + BZD):
- Halopéridol [Haldol®] 5 mg IM + lorazépam [Témesta®] 2 mg IM/PO OU diazépam [Valium®] 10 mg IM.
- Alternative: loxapine [Loxapac®] 50-100 mg IM (action rapide 30-60 min).
- Alternative: olanzapine [Zyprexa®] 10 mg IM (≠ associer aux BZD IM dans la même heure — risque dépression respi).
- Sujet âgé / fragile: doses réduites (halopéridol 1-2 mg, loxapine 25 mg), tiapride [Tiapridal®] 50-100 mg, BZD à demi-vie courte.
- Réévaluation à 15-30 min: si insuffisant, 2ᵉ dose ou avis psy.
- Patient déjà neuroleptique: éviter cumul classes.
4. Contention physique (ultime recours)
- Indications strictes: danger imminent (auto/hétéro-agression) qui ne peut être contrôlé autrement.
- Procédure: ≥ 4 soignants (1 par membre + 1 tête), couches matelassées, sangles aux 4 membres (≠ thorax/cou), tête à 30°, monitoring scope + SpO₂ continu.
- Prescription médicale écrite précisant: motif, date, heure début, mode (chimique/physique), surveillance, durée prévisionnelle.
- Surveillance: passage IDE q15 min × 1 h puis q30 min, paramètres vitaux, perfusion membres distaux, libération régulière (1 membre toutes les heures si état le permet), évaluation cognitive.
- Réévaluation médicale: à 30 min puis q2h max, mention dans le registre HAS.
- Levée dès que possible: objectif <1-2 h pour contention physique en SU.
- Information patient + famille dès accalmie.
Orientation
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Agitation organique réversible (hypoglycémie, hypoxie, douleur, globe) | TTT étiologique → résolution → RAD ou hospit selon cause |
| Sevrage OH/BZD/opiacés | Protocole sevrage, hospit médecine ou addicto |
| Première décompensation psychotique / maniaque | Avis psy → hospit psy (SPDT/SPDRE/SPI si refus + dangerosité — cf. fiche 06.x) |
| Récidive psy connue, accord patient | Hospit psy libre |
| Confusion sujet âgé (delirium) | Bilan complet + hospit médecine/gériatrie, éviter contention (à risque) |
| Intoxication aiguë cocaïne/amphét | BZD ± neuroleptique non typique, monitoring USIC si tachy/HTA sévère |
| Agitation post-trauma crânien | TDM cérébrale en urgence ++ |
| Patient en GAV agité | Coordination équipe police + médecin → ne pas être seul, examen contradictoire |
Pièges
- « C'est psy » sans bilan organique = piège majeur. La première cause d'erreur diagnostique en SU.
- Hypoglycémie ratée chez patient « manifestement ivre »: toujours dextro avant tout.
- B1 IV/IM AVANT glucose chez OH chronique (encéphalopathie de Gayet-Wernicke).
- Cumul halopéridol + autre allongeur QT sans ECG: torsade de pointes.
- Olanzapine IM + BZD IM dans la même heure: dépression respi sévère.
- Contention sans surveillance = mort par asphyxie positionnelle (position ventrale, compression thorax).
- Sujet âgé contenu prolongé: escarres, rhabdomyolyse, TVP, syndrome confusionnel aggravé, fausse route → privilégier décubitus dorsal + 30°, libération précoce.
- Sevrage alcoolique méconnu chez hospitalisé non sevré: pic J2-J4 → DT possible. Évaluer CIWA dès l'admission OH.
- Ne pas tracer la prescription de contention: faute médico-légale + manquement registre HAS obligatoire.
- Ne pas réévaluer la contention à intervalles courts: maintien excessif = perte de chance + risque pénal.
- « Cocktail magique » sans personnalisation: doses à adapter (âge, poids, IH, IR, comorbidités, TTT chroniques).
- Halopéridol chez démence à corps de Lewy: aggravation +++ (préférer rivastigmine + clozapine éventuellement, avis spé).
📝 Traçabilité
- Motif clinique précis (échec désescalade, danger documenté).
- Mode (chimique / physique / association) + DCI + dose + voie + heure.
- Liste des intervenants présents.
- Surveillance prévue (fréquence, paramètres).
- Heure de mise en place + heure de levée.
- Réévaluation: motif maintien ou levée.
- Registre isolement-contention (CSP L.3222-5-1) en psychiatrie.
- Information patient/famille au décours.
Références & sources
- HAS : « Isolement et contention en psychiatrie générale » Recommandations de bonne pratique, février 2017.
- CSP : L.3222-5-1 (isolement et contention en psy) + décrets d'application 2022.
- Loi n° 2022-46 du 22 janvier 2022 renforçant les outils de gestion crise sanitaire — volet isolement/contention en psy + saisine JLD.
- SFMU : « Actualisation Consensus Ivresse éthylique aiguë 2006 » et « RPC Hospitalisations psychiatriques aux urgences » disponibles localement (couvrent agitation/contention/sédation). Référentiel agitation SFMU dédié non présent dans la base locale.
- SFPC / SFAR : pharmaco neuroleptiques IM en urgence.
- CIWA-Ar : Sullivan JT et al., Br J Addict 1989.
- Échelle RASS : Sessler CN et al., Am J Respir Crit Care Med 2002.
- HAS : « Confusion aiguë chez la personne âgée » 2009 — référencé mais PDF non disponible dans la base locale (à consulter has-sante.fr).
- SFMU : « Actualisation du consensus sur l'ivresse éthylique aiguë » 2006 (Actualisation_consensus_ivresse__thylique_aigu__2006.md local) — thiamine systématique avant glucose, BZD pour sevrage, neuroleptiques en dernier recours. Protocole OMS/SFA 2024 non présent dans la base locale.